L'itinéraire de Yoshimoto Sensei

Mis à jour : 9 févr. 2019


Quand je suis entré au lycée il y avait un club de Kyudo, je m'y suis inscrit. Je connaissais un peu cette discipline car mon cousin la pratiquait aussi. Nous nous entraînions assidument pour être membre de l’équipe officielle et pour gagner des compétitions.


Quand j’ai choisi mon université, je me suis d’abord assuré qu’il y avait bien un club de Kyudo et j’ai opté pour l’université de Tohoku. Au départ, je voulais aller à Hokkaido. Je voulais me spécialiser dans la médecine de lieux reculés, dans la médecine rurale, donc mon premier choix fut l’université de Hokkaido. Mais ma mère m'a demandé de ne pas traverser d’océan. J'ai renoncé à Hokkaido et je suis allé à l’université de Tohoku, plus proche, à Sendai. Par chance, à l’université de Tohoku un Sensei célèbre, Awa Kenzo, avait enseigné dans le passé. Cela je ne l’ai su qu’une fois inscrit à l’université, mais j’ai bénéficié d’un environnement qui venait directement de l’enseignement de Awa Sensei.


Les études, c'est beaucoup de travail. Mais cela n’a jamais été un problème pour le Kyudo. Je dirais même que j’ai passé mes 6 années de médecine en allant quotidiennement au Dojo. Bien sûr, j’ai fait le nécessaire pour avoir des résultats scolaires qui m'ont permis d’obtenir mon diplôme. Mais je me souviens m’être dit que je ne pourrais plus pratiquer le Kyudo aussi intensément que pendant mes années universitaires et qu’il fallait donc en profiter.


Les compétitions et l’atmosphère du club étaient similaires à ce que j'avais connu au lycée. Mais il faut dire que même au lycée, je n’ai pas reçu un enseignement qui mettait l’accent sur le Tekichu. On prônait plutôt un “tir grand”. Et à l’université aussi, on m’a enseigné à tirer avec grandeur et détermination, en utilisant mon Hara. C'était dans l’esprit de l’enseignement de Awa Sensei. Le Daishadokyo (l’école de la voie du grand tir, ndt). Un enseignement qui met l’accent non pas sur un résultat immédiat de victoire, mais sur un tir grand et ferme sur le long terme. Cela m’a beaucoup marqué, mais je dois admettre que j’étais néanmoins très agressif en compétition. Pourtant j’avais toujours en toile de fond cet enseignement qui me dictait de ne pas viser un résultat immédiat.


Quand je suis devenu interne en médecine, j’ai eu beaucoup moins de temps pour tirer. En allant de province en province, je trouvais un Dojo local et je m’efforçait d’aller m’entraîner de temps en temps. La première année j’étais à Sendai, il y avait un Dojo où je pouvais tirer. J’ai ensuite passé 2 ans à Morioka, dans la préfecture de Iwate. J’ai trouvé un Dojo où j’allais m’entraîner un dimanche par mois. Ensuite je suis allé dans un hôpital psychiatrique à Ichinoseki (de la même préfecture de Iwate, ndt) où il y avait un tout petit Dojo municipal très pratique à utiliser. J’y allais habituellement m’entraîner tôt le matin avant d’aller au travail. C’est à Ichinoseki que j’ai obtenu mon Renshi. Et c’est à ce stade que ma perception du Kyudo a changé. Pour être plus précis, avant d’obtenir le Renshi, je suis allé demander l’enseignement de Keiko Kikuchi Sensei qui se trouvait à proximité. J’ai appris beaucoup de choses d’elle et je me suis rendu compte une fois que j’ai été Shogosha que la voie de l’arc allait plus loin que je le pensais. Ce fut vraiment un pas décisif entre un Kyudo d’étudiant et un Kyudo d’adulte.

Awa Kenzo 1880 - 1939

Concernant l’état d’esprit que je devais avoir en tant que Shogosha, je l’ai appris auprès de Kikuchi Sensei, mais aussi auprès d’autres Sensei de la préfecture de Iwate. Kikuchi Sensei mettait beaucoup l’accent sur ce qui était fondamental et sur le Taihai. Il faut dire qu’à l’université aussi, ils étaient sévères concernant le Taihai. Kikuchi Sensei était la vice-présidente de la Fédération et de cette position m’a également beaucoup parlé du fonctionnement et des particularités de la Fédération.


Kikuchi Sensei m’a appris beaucoup de choses pour dépasser le stade où je ne cherchais qu’à cibler pour gagner des compétitions. Un autre facteur qui a joué un grand rôle fut la Coupe de l’Empereur. En tant que Renshi je me suis présenté de nombreuses fois aux éliminatoires de la préfecture, mais au début sans succès. C’est à l’âge de 35 ans que j’ai été choisi comme représentant de la préfecture pour la première fois. Pour me préparer à cette première participation, je suis allé m’entraîner au Dojo de Kikuchi Sensei. Elle ne me parlait pas en termes concrets de la spiritualité du Kyudo, mais me faisait ressentir ce qu’était l’ambiance de la Coupe de l’Empereur. Cela ne m’a pas empêché d’être fortement impressionné lors de ma première participation. Ce qui m'a le plus frappé, c’était le système d’attribution de points qui permettait de départager les finalistes. Jusqu’alors il ne s’agissait que de cibler. Ce n’est qu’en participant à la Coupe de l’Empereur que j’ai découvert qu’il y avait un Kyudo avec un système de points. Je me suis dit que je voudrais vraiment participer à la finale, mais les 5 premières années, je n’ai jamais réussi à passer les éliminatoires. En tant que spectateur de la finale je me suis demandé ce qui faisait la différence. Ma participation à la Coupe de l’Empereur devint l’objectif de toute une année d’entraînement. Et toujours, j’allais me préparer auprès de Kikuchi Sensei.



Ce que le Kyudo m'a apporté, c’est difficile à dire. Ce qui m’a attiré au début dans le Kyudo, c’était de faire des cibles et de gagner des compétitions. Puis je me suis rendu compte que le Kyudo ce n’était pas seulement cela, que le Kyudo était tout un monde beaucoup plus profond que je l'avais imaginé. Si Awa Kenzo a atteint une dimension spirituelle, je pense que c’est au travers du Kyudo. C’est cet aspect qui est devenu le centre de ma quête et cela va continuer à être le cas dans le futur aussi. Le Kyudo m’a aussi permis de rencontrer beaucoup de gens et de nouer des relations diverses. C’est un des trésors que le Kyudo m’a donné. Ma profession de médecin est un monde plutôt refermé sur lui-même, et de ce point de vue, le Kyudo m’a permis de connaitre des gens pratiquant toutes sortes de métiers. En d’autre termes, le Kyudo a apporté un souffle de vie, un oasis dans mon quotidien de médecin. Je me rends compte que le Kyudo a été d’une part une discipline astreignante et en même temps un passe-temps fort agréable pendant près de 50 ans.


Je dois avouer que recevoir le 9ème Dan est une surprise et source d’hésitations. Si c’était possible je voudrais le rendre car je ne pense pas avoir les qualifications requises. Enfin, c’est quelque chose qui a été décidé en comité par les hauts Sensei de la Fédération. Alors je pense à une phrase qui m’a été transmise par ma grand-mère et qui dit : ”Le chemin que tu as parcouru est un chemin où tu ne peux pas revenir en arrière”. Pour mon 9ème Dan c’est la même chose. Je n’estime pas le mériter, mais je l’ai reçu et comme je ne peux pas revenir en arrière, je dois aller de l’avant. Oui, je ne peux pas revenir en arrière. En quelque sorte, je n’ai pas atteint le niveau de 9ème Dan, mais ce grade est la porte d’entrée pour travailler et découvrir ce qu’est un 9ème Dan. C’est dans cet état d’esprit que je l’ai accepté avec reconnaissance.


Par une profonde connaissance de soi, on atteint une forme de Satori. Moi, je me dis qu’il y a peut-être une possibilité de l'atteindre par la pratique du Kyudo. Ou pour être plus précis, c’est en recherchant cet état unique, mais sans jamais l’atteindre, que le commun des mortels, dont je fais partie, pratique le Kyudo. Un de mes buts est de m’aventurer dans ce monde entièrement inconnu. Je voudrais ajouter que ceci n’est pas seulement lié à l’obtention du 9ème Dan, mais que c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Un autre point est qu’en tant que 9ème Dan, j’ai une responsabilité jusqu’à la fin de mes jours de contribuer à l’expansion et à la bonne marche de la Fédération. Cet aspect est très important dans le cadre d’un grade et d'un titre attribué par la Fédération. Et l’arc c’est une pratique que je continue avec assiduité.


2011 - Yoshimoto Kiyonobu Sensei

Hanshi 9ème Dan



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