Où il y a une volonté, il y a un chemin 志於道

Mis à jour : 22 juil. 2019


L'auteur au SDK, octobre 2009

Depuis de nombreuses années nous saluons cette calligraphie dans la salle de gymnastique où ont lieu les entraînements de Kyudo du Shung Do Kwan à Genève. Pour la petite histoire, à l'origine c'est un groupe de japonais en visite qui nous l'a offerte, des amis pratiquants de Kyudo du Dojo où Patricia Stalder s'entraînait lorsqu'elle vivait au Japon.


L'original à été redonné à Patricia pour son Dojo d'Annecy, Pascal Krieger a accepté de nous en faire sa propre version car le thème nous plaisait.


Michi ni Kokorozashi

  • Where there's a will there's a way

  • Où il y a une volonté, il y a un chemin

ou plus prosaïquement :

  • Quand on veut on peut !


Le japonais se lit de haut en bas. Il est surprenant de voir que le premier caractère de la formulation japonaise soit celui du bas : 道Do, Michi, le chemin, la voie. Jusqu'au sixième siècle le Japon est une civilisation orale. La cour impériale reçoit de Corée des textes confucianistes et bouddhistes écrits en chinois. Pour comprendre ces textes ils ont dû apprendre le chinois qui est devenue le premier système d'écriture des japonais. Tout en conservant les idéogrammes chinois, les Kanji, ils vont ensuite créer de nouveaux signes pour transcrire la langue japonaise si différente du chinois. Le Kanbun (漢文, littéralement “écriture de la dynastie chinoise des Han, 206 av. J.C. - 220 ap. J.C. “) est un système de lecture japonaise d'un texte chinois classique toujours utilisée de nos jours. D'où cette lecture en sens inverse.


L'association de plusieurs caractères simples a créé des Kanji au sens plus complexe. Par exemple 和 Wa, “la paix“ , associe le caractère 禾 “céréale“ et le caractère 口 “bouche“. Pascal Krieger aime interpréter cet exemple : “Quand tout le monde mange à sa faim règnent la paix et l'harmonie“. C'était en tout en tout cas vrai autrefois, aujourd'hui nous sommes passé d'une société de nécessité, de survie, à une société d'exigences...


Cette parenthèse étant faîte, revenons à cette maxime, et plus particulièrement à l'étymologie du mot Kokorozashi, 志 “la volonté“.

  • en bas 心 Kokoro, le “cœur“ dans le sens du mental, de l'esprit.

  • au-dessus le caractère 士 Shi, “gentleman“, que l'on retrouve dans les arts martiaux dans Bushi 武士, (le guerrier gentihomme !), mais aussi dans Renshi 錬士, Kyoshi 教士, Hanshi 範士...  

L'étymologie de “volonté“ en japonais ou en chinois serait donc : “le mental du gentleman“.


Les maximes, les proverbes nous proposent une réflexion sur des valeurs humaines très intéressantes. Si elles ne sont pas que des formules sur du papier saluées sur le mur où elles sont accrochées, mais qu'elles sont incarnées par des êtres bien vivants, elles deviennent une vraie nourriture.


En 2007 au Budokan de Tokyo nous avons assisté aux cérémonies célébrant la naissance de l'IKYF, la Fédération Internationale de Kyudo. En attendant le début de cet événement, comme beaucoup je traînais dans les couloirs de cet immense bâtiment où les marchands avaient dressé leurs stands. J'ai croisé l'ancien Président Kamogawa Sensei, Hanshi 10ème dan qui vient de disparaître et dont nous avons salué la mémoire récemment. Cet homme qui a marqué les pratiquants de ma génération pendant plus de trente ans, qui a survécu à deux cancers et qui a œuvré pour créer l'IKYF, déambulait péniblement en s'appuyant sur des cannes, entouré de quelques personnes proches pour le soutenir physiquement et moralement. J'ai pensé à la phrase du Général De Gaule, “la vieillesse est un naufrage“.


Comme pour tous les événements de Kyudo, les trois Sensei sont entrés sur le Shajo pour effectuer le Yawatashi, ce tir cérémoniel d'ouverture. Entouré des deux Kaizoe, les assistants, Ite, le tireur, n'était autre que Kamogawa Nobuyuki, Hanshi 10ème Dan. Le vieillard chancelant croisé une heure plus tôt est apparu dans le faisceau d'un projecteur, resplendissant dans son Monsuki et son Hakama couleur or. Il a fait tous les mouvements du Yawatashi avec l'apparente aisance d'un jeune homme, se mettant à genoux et se relevant dans la perfection des postures et des gestes, le visage impassible, sans ostentation, sans montrer la moindre souffrance, et pour finir en plaçant ses deux flèches au cœur de la cible.




Kamogawa Sensei a écrit le texte qui suit à l'âge de 92 ans.


"Lors des jeux olympiques de Tokyo en 1964, j'ai été un des représentants du Japon dans une démonstration. Beaucoup de personnes m'ont salué pour la beauté de la forme de mon tir... et je fanfaronnais devant tous ces gens qui m'entouraient. Cependant, devenu vieux, la force de mon tir a diminué, je souffrais d'un cancer pour lequel j'ai subi trois opérations. La maladie a affecté mon habileté et ma conception du tir. Quand j'étais gonflé de fierté, je ne voyais pas les points négatifs dans ma technique ou en moi-même ...


Quand j'ai pris conscience de cela, j'ai réfléchi sur ce que j'avais réalisé. Je me suis interrogé sur mon avenir et progressivement ma manière de penser a changé. J'ai réalisé que tant que je serais vaniteux, je ne pourrais pas atteindre le sommet des enseignements du Kyudo. L'arc nous éduque, il nous apprend comment vivre, un véritable art de vivre fondé sur “La Voie du guerrier“…


Kamogawa Nobuyuki 1923 - 2018



Pardonnez-moi cette petite touche de fierté : mon Maître Furusawa Hiromu Sensei faisait également partie du groupe des 5 tireurs sélectionnés pour présenter le Kyudo aux jeux olympiques de 1964.


Pour fêter notre retraite et notre départ du Shung Do Kwan, Mireille et moi, la section Kyudo a organisé une petite fête. Pascal Krieger s'est joint à nous et m'a offert cette calligraphie.


Narau (ga) owaru (toki) fukeru (ga) hajimaru


Shiro Shûshû

“On commence de vieillir quand on finit d'apprendre...“



Avec de la volonté, le naufr'âge n'est peut-être pas une fatalité ?


Erick Moisy


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