Ishikawa Sensei

Mis à jour : 29 janv. 2019


Toujours dans le cadre du tournage de Mato no Muko, voici une interview d'Ishikawa Sensei réalisée en novembre 2012 et qui n'a pas été intégrée dans le film. Comme dans toutes les autres interviews, les questions de David Zoppetti tentent de positionner l'avenir du Kyudo en Occident par rapport à ses origines japonaises.


Kamogawa Sensei, dans un article précédent de ce blog, disait qu'on enseigne surtout par l'exemple. Les paroles d'Ishikawa Sensei sont précieuses, mais je suis heureux de vous présenter deux vidéos inédites d'Ishikawa Sensei : le Yawatashi d'ouverture d'un Shinsa de 8ème Dan, et un autre Yawatashi sous une forme beaucoup moins connue, en Tachisharei, pour l'ouverture d'un tournoi Enteki.


Bonne lecture et bon Mitorigeiko,


Erick Moisy



Après la démission de Suzuki Sensei au mois de mars en tant que Président, le comité, un peu pris de court, a pris la décision de faire un vote et j’ai été choisi. Je n’y avais jamais pensé.


Si l’on devient président, c’est au détriment de son temps comme enseignant, non…?

Oui, on n’a presque plus de temps pour enseigner et presque plus de temps tout court. On a même plus le temps de s’entraîner. La durée de cette nomination est déterminée. C’est jusqu’au mois de juin de l’année prochaine je crois.

Ishikawa Tadeo Hanshi 9ème Dan

La Fédération Japonaise de Kyudo a beaucoup investit pour le développement du Kyudo à l’étranger pendant ces 30 dernières années. Quel est le but de ces efforts ?


Je pense que l’objectif premier est de promouvoir le Kyudo, discipline traditionnelle et propre au Japon de part le monde. C’est dans cet état d’esprit que les présidents qui se sont succédés ont organisé chaque année des stages de formations dans le monde. Et moi aussi, ayant été choisi comme président, je dois reprendre le flambeau. Je pense que l’évolution d’une pratique traditionnelle japonaise dans le monde est une chose extrêmement positive. Et je souhaite qu’un Kyudo correct soit transmis aux pratiquants étrangers. J’ai l’impression que les pratiquants étrangers sont beaucoup plus avides d’apprendre l’aspect spirituel du Kyudo que les pratiquants japonais. De ce point de vue, je pense qu’il y a des possibilités. Il y a beaucoup de pratiquants qui sont plus japonais que les japonais eux-mêmes.


Yawatahi d'Ishikawa Sensei, examen de 8ème Dan Chuodojo, Tokyo 2012


Il y a néanmoins une tradition de pratique “sportive” qui implique la notion de compétition. Comment cela vient-il influencer le développement du Kyudo ?


Oui, il y a là une contradiction. Car dans le cas du Kyudo japonais il ne s’agit pas seulement de cibler. On met l’accent sur une forme de tir et un état d’esprit corrects. Il ne s’agit pas seulement du Tekichu. Il y a beaucoup de pratiquants qui ont une grande soif, une grande curiosité par rapport à l’aspect Budo du Kyudo. Et on assiste à une augmentation de la population qui pratique le Kyudo dans différents pays. Personnellement, je place beaucoup d’espoirs dans une évolution non seulement de la technique de tir, mais aussi de l’aspect spirituel du Kyudo. C’est ce que je ressens. Lors de séminaires on sent qu’ils veulent beaucoup apprendre.


Il y a une longue tradition de séminaires à l’étranger, mais dorénavant vous projetez d’organiser des séminaires spécialisés une fois par an à l’intérieur du Japon. Qu’attendez-vous de ces nouveaux séminaires ?


Nous voulons que les enseignants étrangers viennent au Japon pour apprendre à enseigner de manière correcte dans leurs propres pays. Nous voulons qu’ils bénéficient d’un enseignement correct qui leur permette de retourner dans leurs pays d’origine et d’y développer un Kyudo correct. C’est cela notre espoir. Oui c’est idéal que les enseignants étrangers viennent au Japon. Pour les Sensei japonais aussi c’est plus facile. Plutôt que d’enseigner à une multitude de pratiquants en Europe, il est plus simple d’enseigner à un nombre restreint d’enseignants ici au Japon et qu’ensuite ils rentrent transmettre cet enseignement dans leurs pays. Cette nouvelle manière de procéder commence maintenant, coïncidant avec mon entrée en fonction en tant que président. Mais nous allons continuer dans cette voie. En effet, il est difficile pour 3 ou 4 Sensei japonais d’aller en Europe et d’y enseigner a des centaines de pratiquants. C’est pour cette raison que nous commençons ce type de séminaire de formation à partir de cette année.


Depuis deux ans il y a la Coupe du Monde de Kyudo. Que représente cette manifestation pour vous ?


Pour le moment c’est un Taikai qui a un caractère “d’échange”, mais à l’avenir il s’agira d’organiser des Taikai dans différents pays avec de nombreux participants. C’est en organisant la Coupe non pas dans un seul endroit, mais dans divers pays, que l’on va permettre au nombre de pratiquants d’augmenter.


DZ La Coupe du Monde, est-ce seulement une compétition ou également un stage de formation, un Shinsa ?


C’est une compétition. Oui, c’est la Coupe du Monde, c’est une compétition. Mais il est envisageable d’y ajouter un stage de formation ou un Shinsa.


En 2014 la Coupe du Monde sera organisée pour la première fois à l'étranger, à Paris. Comment voyez-vous ce Taikai ?


Il y a d’abord la question de la formation des membres du comité d’organisation du pays d’accueil, la France. Je place beaucoup d’espoirs dans le travail qu’ils vont fournir. Puis je souhaite qu’un maximum de gens viennent voir la compétition et tombent sous le charme du Kyudo, entrainant comme résultat une augmentation du nombre de pratiquants à l’étranger.


Récemment nous avons eu à Paris un premier Taikai de préparation auquel les dirigeants japonais ont participé en tant qu’observateurs. Lors du vrai Taikai ce sont les français qui vont s’occuper de l’organisation, mais je ne me fais pas beaucoup de soucis. Nous avons envoyé beaucoup de vidéos de Taikai au Japon comme référence, donc je pense que tout va bien se passer.


Lors de la première Coupe du Monde de Kyudo, l’équipe japonaise qui était la grande favorite n’a pas passé les éliminatoires. Comment expliquez-vous les causes de cet échec ?


Je ne peux pas m’exprimer à leur place, mais je pense qu’ils ont cédé à la pression de devoir gagner, de devoir cibler, de devoir tirer de la manière digne des japonais. Je peux m’imaginer qu’en se rendant compte qu’ils étaient en train de manquer le coche ils ont commencé à perdre les pédales. Les trois membres de l’équipe japonaise étaient tous des anciens vainqueurs de la Coupe de l’Empereur. Donc on a choisi les meilleurs pour être sûr de s’assurer la victoire. Le résultat fut un choc. Sans aucun doute.


Aussi bien dans le monde du Judo que celui du Sumo, on assiste actuellement au fait que les pratiquants étrangers obtiennent des résultats bien meilleurs que ceux des japonais. Avez-vous une crainte qu’un phénomène similaire se produise un jour, dans un lointain futur, dans le monde du Kyudo?


Plutôt qu’une crainte, j’ai l’espoir que comme résultat naturel d’une évolution du Kyudo à l’étranger on assiste un jour à ce type de phénomène. Mais il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement du Tekichu mais aussi de l’aspect spirituel de la discipline. Je pense qu’il serait idéal que le Kyudo se développe à l’étranger en tant qu’art martial traditionnel japonais et que les pratiquants puissent progressivement s’approcher de notre niveau.


Il y a des gens qui reconnaissent qu’au niveau des résultats dans la compétition, par exemple les judokas étrangers sont plus forts que les japonais, mais que l’aspect spirituel du Judo est en voie de disparition. Pensez-vous qu’une chose pareille puisse se produire un jour dans le cas du Kyudo ?


Je pense que c’est notre rôle d’être attentif à ce qu’une telle chose ne se produise pas. Il faut vraiment que nous mettions l’accent sur le fait que le Kyudo n’est pas seulement une compétition dans notre effort de promotion de la discipline.


DZ Je voudrais que vous nous parliez de la Coupe de l’Empereur. Quelle est la place de la Coupe de l'Empereur parmi les divers Taikai ?


Les participants de la Coupe de l’Empereur sont des Kyudoka qui ont remporté des compétitions très sévères au niveau des préfectures et qui représentent leur préfecture. Le fait d’être représentant est déjà en soi un honneur. Puis lors des éliminatoires de la Coupe, on juge les tireurs sur un système de points qui se concentre sur l’unité du Shin-Gi-Tai (mental-technique-corps), on met l’accent sur le Taihai, et la forme du tir. Puis les archers qui ont passé les éliminatoires participent à la finale qui elle met l’accent sur le Tekichu. Mais la aussi, la notion de Seisha-Hichu (“lorsque le tir est correct la flèche atteind forcément la cible“) est vitale. Donc pour les pratiquants, la Coupe de l’Empereur est vraiment le summum de toutes les compétitions. D’être choisi comme participant est déjà un honneur. Remporter la Coupe de l’Empereur est un honneur immense et cette compétition qui permet d’atteindre ce but est le plus fabuleux des tournois pour un Kyudoka.


Est-il envisageable qu’un jour un Kyudoka étranger participe à la Coupe de l’Empereur?


Je me le demande… Mais la Coupe de l’Empereur est une compétition qui a lieu à l’intérieur du Japon et de ce fait est différente de la Coupe du Monde de Kyudo. Les choses sont différentes pour la Coupe du Monde de Kyudo. La Coupe de l’Empereur est “Le Tournoi de Kyudo du Japon”.


L'Homme de la société moderne peut-il apprendre quelque chose d'important dans le Kyudo ? Qu’y a-t-il au-delà de la cible ?


Au-delà de la cible il y a un miroir. Un miroir qui nous renvoie notre reflet. S’il y a de l’incertitude ou de l’agitation intérieure, cela se reflètera dans l’arc et la flèche. Et on n’atteindra pas la cible. C’est parce que notre cœur est agité qu’on n’atteint pas la cible. Et le Kyudo est une ascèse qui permet d’atteindre le calme. Si on se comporte de manière correcte le tir sera correct, et on atteindra la cible (Seisha Seichu). Donc je pense que derrière la cible il y a un miroir qui reflète l’état de notre cœur.


Ishikawa Sensei

novembre 2012



Tachi Yawatashi Enteki Ishikawa Sensei, Nara 2010




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